Espèce invasive : La Pyrale du Buis



Quelques éléments de réponses concernant le phénomène invasif de la Pyrale du buis, en l’état actuel des connaissances de ce phénomène récent, sur lequel la communauté scientifique a peu de recul.

Au sein de la Région Bourgogne Franche Comté, la Pyrale du buis a fait son apparition pour la première fois dans le jura en 2013 (arrivé en France en provenance d’Asie en 2008). En 2015 elle était signalée dans tous les Départements de la Franche Comté, et plus récemment sur l’ensemble de la côte Bourguignonne. Elle est considérée comme envahissante du fait de l’évolution très rapide de sa population sur les sites colonisés.

 

Ecologie de l’espèce :

C’est au stade larvaire (chenille) que l’insecte est défoliateur, stade qui dure entre 20 et 25 jours avant de passer au stade Chrysalide.
L’adulte (le papillon), est nocturne et vole de mai à septembre, c’est pendant cette période que les stades de reproductions s’enchainent (œufs – 3 à 5 jours ; larve – 20 à 25 jours ; chrysalide – 10 jours ; adulte – 10 jours). Sa durée de vie est d’une dizaine de jours. La chenille peut être observée toute l’année.
Selon le climat local, la Pyrale du buis peut générer 2 à 3 cycles de reproduction par an. Les chenilles de la dernière génération passent l’hiver protégées dans un cocon ou dans les anfractuosités de l’écorce des arbustes. Après leur hivernation elles reprendront leur activité à la sortie de l’hiver et continueront leur développement, réenclenchant ainsi le premier cycle d’une nouvelle saison.

C’est au stade larvaire que l’insecte fait des dégâts dans les arbustes, sa chenille se nourrissant d’abord des feuilles situées au cœur des buis, en décapant la face inférieure. Au fil des générations les insectes dévorent les feuilles extérieures, puis la totalité du tissus de toute les feuilles, n’en laissant que les nervures. Les arbustes brunissent, se chargent de fil de soies, de déjections et des mues, et finissent par dépérir la photosynthèse ne pouvant plus avoir lieu en l’absence de feuilles. Le Buis étant un arbuste persistant, les dégâts sont irréversibles.

 

Les méthodes de lutte :

– traitements phytosanitaires biologiques : à appliquer à la sortie de l’hivernage des chenilles et au démarrage de chaque nouvelle génération, au cœur de chaque buis infesté directement sur les individus. Il s’agit de la bactérie Bacillus thurengiensis (Bt kurstaki) qui opère par ingestion. Le traitement est respectueux de l’homme et des animaux, notamment des autres Lépidoptères (papillons) ;
– traitements phytosanitaires chimiques : utilisation d’insecticides de contact à base de pyréthrinoïdes (deltaméthrine ou la cyperméthrine). Ils sont efficaces mais non sélectifs, et touchent donc également les insectes auxiliaires utiles.
Une alternative aux pyréthrinoïdes est le diflubenzuron (Dimilin Flo). Il s’agit d’un régulateur de croissance des insectes, mais il n’est réellement efficace que s’il est appliqué lorsque les chenilles sont très petites, idéalement juste après l’éclosion des œufs. Les régulateurs de croissance agissent essentiellement par ingestion et sont donc plus sélectifs que les pyréthrinoïdes ;
– lutte mécanique : enlever les chenilles, œufs et chrysalides sur les buis qui ne sont pas encore attaqués, couper les branches déjà attaquées, secouer les arbres ou souffler (air ou eau sous pression), nettoyer au pied des arbustes et détruire tout ce qui a été ramassé. Convient pour des buis de petite taille et peu nombreux ;
– piégeage par phéromones : diffusion de la phéromone sexuelle de synthèse de la femelle, réduisant ainsi les chances des mâles de rencontrer des femelles. Les papillons mâles épuisés finissent par tomber dans les pièges. Solution écologique, respectueuse de l’environnement. Pièges réutilisables.

Il n’existe pas à l’heure actuelle de programme de lutte à grande échelle connu sur le territoire national. Le programme « SaveBuxus » porté par l’Astredhor et L’INRA s’intéresse principalement à l’expérimentation des moyens de lutte adaptés aux parcs et jardins.
Cependant une lutte à l’échelle d’un territoire comme celui du Grand Site (environ 32 km²), au vu des mises en œuvre techniques des méthodes décrites précédemment, n’est pas envisageable, et serait de toute façon déraisonnable sur les plans économiques et environnementaux.
Attendu que la Pyrale, à la mobilité très importante, est bien sûr présente en dehors des limites de périmètre du Grand Site, et en proximité immédiate, elle serait de retour au mieux l’année suivante, au pire au cycle de reproduction suivant.
Seul un traitement à l’échelle de l’Europe entière de manière répétée et en simultané pourrait peut-être permettre d’espérer le moindre résultat.

 

Voir et envisager le phénomène autrement :

– le gestionnaire du Grand Site, qui lutte depuis plus de 15 ans contre la colonisation du buis sur les milieux de pelouses et d’éboulis des roches, pourrait y voir une opportunité de réouverture des milieux. Si tel est le cas, une gestion par pâturage ou fauche pour le maintien ouvert des milieux devrait être envisagée ;
– l’impact sur l’aspect visuel et paysager peut être réduit par la suppression des buissons situés sur les passages les plus empruntés (mobilisation de la Brigade du Grand Site et des équipes communales). Avec la vertu également de diminuer le risque d’incendies ;
– sans autre retour d’expérience pour le moment, il ne faut pas sous-estimer la capacité de régénération du buis, très résistant, notamment après recépage (voir les expériences de réouverture des pelouses visant principalement le buis, menées par le Conservatoire sur la Roche de Vergisson et le Monsard au démarrage du projet Grand Site).
De la même façon, une sélection génétique peut s’opérer, les individus les plus résistants et/ou les moins appétants pour la chenille survivront au détriment des non-résistants. Cette espèce d’arbuste qui jusqu’à maintenant n’a pas connu (ou peu connu) de prédateur doit s’adapter face à un qui est particulièrement efficace ;
– avec son stade larvaire spécialisée sur le buis, la population de papillon déclinera rapidement une fois que la ressource aura diminuée ;
– enfin c’est la pyrale elle-même, à ses différents stades, qui est amenée à devenir une proie de choix, tant la ressource est abondante, pour les passereaux insectivores et les chauve-souris, particulièrement en période de reproduction et de nourrissage. Dans des conditions favorables (diminution des insecticides, présence de lieux de nidification), les populations de prédateurs pourraient augmenter au détriment des populations de proies qui elles diminueraient. L’accès à la ressource étant d’autant plus facile que les buis sauvages ne sont pas taillés, et donc aérés et pénétrables.

 

L’arrivée soudaine et massive d’une nouvelle espèce aussi vorace sur un territoire provoque un déséquilibre écologique rapide et radical. La ressource alimentaire étant telle et les prédateurs pas encore préparés, elle connaît un pic de population. Un équilibre devrait progressivement se mettre en place, où l’espèce sera toujours présente mais en quantité plus raisonnable.
Il apparaît comme une évidence au plus grand nombre que le buis, très présent dans les paysages de la côte mâconnaise, et jalonnant la plus part des chemins et sentiers de randonnée, contribue à l’identité de ce territoire, comme un élément à part entière du patrimoine. Mais la patrimonialisation de cet arbuste est très récente. N’oublions pas ces clichés des roches datant des années 1940, où l’on voit les buissons de buis parsemés, subissant alors la pression d’un pâturage qui empêchait son développement. C’est l’arrêt progressif de cette pratique qui a contribué à son développement, au détriment d’un biotope rare inféodé au mâconnais, au sein duquel s’associent des espèces protégées originaires des quatre coins de l’hexagone.

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