Alain Sève

D’où venez-vous ?

En ce qui me concerne, je suis un véritable autochtone, car cela fait soixante-sept ans que je suis ici dans le mâconnais, je suis né et je vis ici. Par ailleurs j’ai fait toute ma carrière professionnelle à Mâcon dont une grande partie dans le champ de l’insertion.

Pourquoi ce métier ? Quel est votre parcours ?

J’ai eu un parcours professionnel d’autodidacte qui m’a conduit à terminer ma carrière, il y a déjà six ans, en tant que directeur de la Régie Inter Quartiers de Mâcon, qui est une structure d’insertion par l’activité économique. J’ai aussi contribué à la réflexion et la construction d’une autre association, qui existe sur Mâcon depuis 21 ans maintenant, qui s’appelle les Jardins de Cocagne. J’ai été un des précurseurs, un des membres fondateurs .Aujourd’hui j’en assure la présidence puisque je dispose de temps pour pouvoir assurer cette mission, étant retraité bénévole.

Le projet fondateur des Jardins de Cocagne est d’associer deux éléments fondamentaux qui sont : l’accompagnement de personnes en difficulté, et le maraichage bio. La mission des jardins est d’accompagner les laissés pour compte, ceux que l’on a laissé sur le bord du chemin et de leur apporter à travers le travail de la terre une vraie raison d’exister et de construire un projet professionnel pour partir vers une  autre vie. L’autre pilier est celui du maraichage bio, du « bien manger »,  qui est aujourd’hui un vrai sujet de société, mais il y a 20 ans nous étions vraiment des précurseurs, nous étions les seuls à proposer cette approche-là. Produire des légumes bio et en distribution circuit court, parce que tout est produit sur place, en s’appuyant sur un réseau d’adhérents qui sont des consom’acteurs qui, à travers leur panier préparé chaque semaine, permet à des personnes en difficultés de pouvoir travailler et de se reconstruire socialement et humainement. Ça c’est quand même sacrément important ! C’est la mission que je mène avec toute ma sensibilité d’humaniste qui m’anime.

Pourquoi ici ?

J’ai un attachement fort à Solutré et à son environnement puisque depuis des dizaines et des dizaines d’années je fréquente le lieu. Il ne se passe rarement une semaine sans que je sois dans le secteur parce que j’ai besoin de la roche, c’est un petit peu mon repère, mon phare !

Votre endroit préféré sur le Grand Site ?

Pour moi, s’il y a un lieu emblématique c’est bien la Grange du Bois. D’abord je pense, en toute partialité, que c’est certainement le plus beau paysage du monde ! Et puis j’ai un petit enracinement, une petite attache, un petit lieu secret où j’ai plaisir à me retrouver pour jouir du paysage exceptionnel sur les Alpes, sur la plaine de Bresse au coucher du soleil ou le matin très tôt. C’est un vrai bonheur.

Votre meilleur souvenir sur le Grand Site ?

Dans les années 1990, j’ai commencé par être formateur et j’étais déjà très attaché au site de Solutré.  Par ailleurs nous avions fondé une association qui s’appelait Gramina, groupe d’approche du milieu naturel dont j’étais aussi le président. Nous avons  travaillé à la création d’un sentier nature pédagogique. Avec les stagiaires que j’accompagnais et avec le Maire de Solutré de l’époque, Jean-Claude Lapierre, nous avions mis en œuvre un chantier d’insertion afin de rouvrir des chemins d’accès à la roche et défricher certains secteurs. Nous avons mené cette opération en 1990. C’était, avant l’heure, une préfiguration de la brigade verte, car le Grand Site n’existait pas encore à cette époque-là.

Autre moment fort, j’ai participé en mairie de Solutré à la toute première réunion de réflexion qui avait été organisée à l’initiative du Maire de Solutré parce qu’on commençait à se poser la question de la sur-fréquentation de la roche, des problèmes d’érosion, etc. Le Secrétaire Général de Préfecture de l’époque, Monsieur Gérard Wolf, qui présidait cette réunion a dit ceci : « mais si vous voulez véritablement qu’il y ait une vraie démarche concertée et cohérente, et qui en plus puisse ouvrir d’autres perspectives, il faudrait aller vers un projet Grand Site ». C’était le 8 septembre 1994. Du chemin a été parcouru depuis, il a fallu près de 20 ans pour y arriver. J’étais présent jour-là, et je suis heureux d’avoir fait partie des témoins de ce moment important.